
Ephémère : Du grec ancien ἑφήμερος éphêmeros (« qui ne dure qu’un jour »).
C'est ici que venait Matthias chaque nuit, dans cette pièce qui servait jadis de débarras. L'humidité et l'obscurité de la pièce rendaient la température agréable pour les nuits d'été. Matthias s'y rendait dès qu'il avait du temps libre. Se débarassant ainsi du brouhaha que causait la civilisation pourtant à quelques mètres sous ses pieds. Cette pièce était comme une discothèque au milieu d'un désert, elle était totalement en opposition avec l'agitation qui se tenait dans la rue en bas, en opposition même avec l'appartement moderne de Matthias.
En fait, c'est ce qui faisait tout son charme, l'endroit avait même quelque chose de magique. Chaque fois que Matthias y entrait, il avait cette sensation d'avoir traversé la limite entre le monde réel et un monde parallèle. Il ne pouvait s'empêcher de penser à Alice qui traversait le miroir pour découvrir un monde merveilleux de l'autre côté. Cette sensation était-elle exagérée par son désir de sortir du monde réel ? Après tout, se disait-il, si le monde réel existait, il devait bien y avoir un monde irréel pour l'équilibrer, tout comme le mal est nécessaire pour faire reconnaître le bien.
C'était sur le chemin de cette même pensée que Matthias pensa à l'immortalité, bien que la vie lui paraissait bien ennuyeuse, il trouvait amusant l'idée de défier les règles de celle-ci. Il lui arrivait toujours de se perdre dans ses pensées, de n'y prêter d'ailleurs aucune attention sérieuse. Mais c'est surtout ce papillon de nuit, qui avait trouvé le chemin jusqu'à la pièce qui rendait sérieuse cette nouvelle obstination. Six semaines... Six semaines qu'il battifolait, se collait aux quatre coins de la pièce, faisait danser son ombre sous la petite ampoule qui pendait au plafond. Le même papillon ! Matthias en était sûr, il lui manquait un bout d'aile, cela ne pouvait être un hasard. Il savait que cela était anormal, un papillon de nuit avait normalement une longévité de quelques jours tout au plus. Alors comment se faisait-il que ce papillon était en vie si longtemps ? Il lui fallait en être sûr. Un soir, il attrapa le papillon grâce au filet qui lui servait à attraper son poisson rouge. Il déposa le papillon sur la table de la cuisine, et observa. Le papillon semblait avoir perdu de sa vivacité, et commença à ramper, ses ailes semblait trop lourdes pour s'envoler. C'était comme si toute la pièce avait été privée de son oxygène. Matthias s'empressa de prendre le papillon dans sa main et fonça dans la pièce à toute allure. Il le déposa soigneusement sur la table, mais c'était déjà trop tard, toute vie semblait avoir quitté le papillon. Il y avait quelque chose à la fois d'effrayant et d'excitant dans cette expérience, était-il témoin d'un phénomène surréel ou était-ce juste le fruit du hasard ? Une foule de questions piétinaient son cerveau, quand il vit sur le sol une ombre en mouvement. Aucun doute, c'était bien l'ombre du papillon qui avait retrouvé toute sa splendeur, l'ombre vacillait de façon presque artistique comme si elle suivait un ballet minutieusement travaillé depuis des mois.
Matthias leva la tête pour voir le papillon qui tournait autour de l'ampoule. Il éclata de joie, son corps tremblait à la fois d'excitation et de frayeur. C'était presque absurde, pensa-t-il, éclater de joie à la vue d'un papillon de nuit, puis il éclata de rire.
A l'extérieur de la pièce, c'était le silence, un silence sagement rompu par l'éclat de rire de Matthias.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire